« Mon nom est Patrick Barriot. Je n’ai pas besoin de
pseudonyme pour dénoncer les bourreaux et les calomniateurs du peuple
serbe » : c'est par ces mots que débute ce témoignage, qui
répond, à plus d'un siècle de distance, au cri de révolte de Victor Hugo choisi pour titre à cet
ouvrage : « On assassine un peuple ! »
Le grand écrivain déjà s'était dressé,
seul, pour fustiger l'hypocrisie et l'indifférence des gouvernements européens
face au massacre du peuple serbe par les Turcs. Témoin de semblables
souffrances, dans une guerre attisée par les mêmes puissances, Patrick Barriot
livre un plaidoyer encore plus terrible : ce n'est plus d'indifférence, mais de
complicité qu'il s'agit ! Complicité frivole et bien pensante dans la
conspiration, l'isolement et peut-être la destruction d'un peuple par les
nouveaux maîtres de la planète, régisseurs de la bonne conscience mondiale... et
des réseaux d'information.
Médecin-colonel de l'armée française, Patrick
Barriot a servi dans la Krajina serbe, auprès d'un bataillon de casques bleus où
Eve Crépin
était infirmière. Découvrant la solitude et la détresse de la population serbe,
comparant leur expérience vécue avec l'imagerie sommaire diffusée par les
médias, ils ont pris fait et cause pour ce peuple monstrueusement
calomnié.
Ce
livre était en cours de rédaction lorsque s'est produite l'agression croate
contre la Krajina. En quelques jours, des milliers de civils
étaient exterminés par des bombardements aveugles, et cinq siècles de présence
serbe dans cette région étaient anéantis. Trois évêchés de l'Eglise orthodoxe
ont été éradiqués, églises et monastères étaient saccagés et détruits. Les
réfugiés étaient lapidés, torturés ou assassinés sous les yeux des casques
bleus, et même mitraillés d'avion...
Précédée d'une incompréhensible bénédiction
papale pour la « guerre juste » contre des chrétiens orthodoxes, cette opération
de « nettoyage ethnique », la plus féroce qu'ait connue l'Europe depuis la II
guerre mondiale, n'a rencontré en Occident qu'indignations de forme et
félicitations : au terme de cinq années de matraquage des consciences,
assassiner des Serbes, coupables ou non, n'est plus considéré comme un crime !
Dans ce livre très documenté, Patrick Barriot montre aussi par quels
conditionnements cyniques de l'opinion on a pu en arriver à un tel
obscurcissement de la morale civilisée.