Epître du patriarche Paul

Epître du patriarche Paul, avec tous les hiérarques de l’Eglise orthodoxe serbe,
à l’occasion de la fête de la Nativité du Christ
(Traduit du serbe par Kosta Christitch)

” Incontestablement est grand le mystère de la piété : Dieu se manifeste dans la chair, se justifie dans l’Esprit, apparaît aux anges, est prêché aux gentils, cru dans le monde, s’élève dans la gloire ” (1 Timothée 3, 16).

Ces paroles de l’apôtre Paul décrivent de manière complète toute la beauté de la joie de Noël dans laquelle nous sommes, chers enfants spirituels, de vrais participants au grand mystère de la descente de Dieu du Ciel sur la terre et le transport de l’homme de la terre au Ciel et à la place assise à la droite du Père. Et c’est, en substance, la condition de fils de Dieu de chaque homme qui désire la remplir par l’action de la foi. Le Fils de Dieu est venu pour nous appeler au Royaume non éphémère de Dieu et nous introduire dans la réalité de la vie éternelle, étant donné que Lui est notre Seigneur, et toujours le Chemin, la Vérité et la Vie (Jean 14,5).

L’enfantement du Christ par la vierge Marie est l’évènement qui rassemble toutes les espérances et les attentes du genre humain à travers les siècles qui l’ont précédé, comme la foi de tous les siècles qui lui ont succédé jusqu’à nos jours, et des siècles qui suivront jusqu’à l’éternité. C’est « la plénitude du temps » (Galates, 4,4), car Dieu et l’homme sont unis dans la personnalité du Christ Sauveur. Dieu naît homme sans cesser d’être Dieu, afin que l’homme puisse devenir « Dieu selon la grâce », en ne cessant pas d’être homme.

En nous réjouissons par la joie indélébile et ineffable en raison des grands dons de l’amour de Dieu, nous nous demandons, nous croyants chrétiens qui sommes appelés et envoyés dans le monde pour être « le sel de la terre et la lumière du monde » (Matthieu, 5, 13-14), si nous sommes responsables, et combien le sommes-nous, dans la liberté que Dieu nous a donnée. Il n’est pas bien de se justifier par l’autre et montrer ses fautes, car la condamnation n’est pas la voie de la foi. C’est souvent un obstacle sur le chemin de la vie et un fardeau trop lourd pour celui qui agit ainsi. Aussi nous adressons-nous à vous, fils et filles de l’église du Christ, « non pas comme si nous entendions régenter votre foi, mais pour vous aider dans votre joie » (2 Corinthiens, 1, 24). Nous vous demandons avec humilité : manifestez l’un à l’autre et à tous les hommes un amour non hypocrite – « faire le bien sans nous lasser » (Galates, 6, 9). Efforçons-nous d’appliquer l’enseignement des saints Pères : « Chaque chrétien doit être un homme dont Dieu n’aura pas à rougir ». Nous pouvons y parvenir, humble peuple de Dieu : si seulement nous nous appliquons un peu nous réussirons dans la bonne oeuvre de la foi pieuse. Il y a aujourd’hui beaucoup d’hommes égoïstes qui pensent qu’ils peuvent tout faire seuls. Il y a beaucoup de fallacieux « grands » hommes et peuples, et chacun est persuadé que lui seul est en mesure de changer l’image du monde. Aussi ayons la foi du juste Joseph, l’ingénuité et l’hospitalité des pâtres de Bethléem, la sagesse des mages d’Orient qui, conduits par l’étoile, ont apporté des présents au Christ, sans craindre Hérode. Croyons avec la foi des prophètes de l’Ancien Testament et des justes, et soyons, ensemble avec les saints apôtres, persévérants dans le témoignage du grand mystères de la foi, sachant qu’à part le Christ « il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel nous devions être sauvés » (Actes, 4,12).

Bogorodica Ljeviska

Bogorodica Ljeviska
Eglise de 11ème siècle
Fondation du roi Miloutine
Prizren/Kosovo et Metohija/Serbie

Ce savoir dans la foi ne nous entrave pas dans l’amour envers tous. Au contraire, il nous pousse en avant et nous ouvre à chaque homme, sans considérer qui il est, comment il prie et s’il prie. Car « Dieu ne regarde pas qui est qui, mais celui qui pratique la justice lui cher dans chaque peuple » (Actes, 10, 35). Notre foi que le Christ est le Sauveur du monde et de l’homme nous rend prêts et capables de servir toujours l’amélioration et le salut du monde. Le Fils de Dieu, à cause de nous et de notre salut, s’est fait homme, servant et nous et notre salut. Ainsi chacun de nous est appelé à servir le progrès de la vie et le salut de tous et de tout. Comme tout serait mieux et différent si nous, chrétiens, comprenions véritablement le sens du service que les « plus grands » doivent rendre aux « plus petits » ! La vie serait plus belle et ce monde meilleur. Mais cela est possible – seulement il est nécessaire que chacun vainc soi-même, qu’il surmonte son propre égoïsme, qu’il s’extrait de son intérêt par le sacrifice et l’altruisme. Nous avons commis des impiétés, mettons y un terme, et Dieu pardonnera. Nous commettons le plus grave manquement à propos de l’infanticide, car nous refusons de reconnaître qu’il s’agit du péché d’assassinat d’enfant, motivé par l’égoïsme de parents indignes. C’est le meurtre le plus répugnant, qui refuse la bénédiction de Dieu et rejette le droit à la vie de la nouvelle personnalité. L’enfant non encore né n’est pas un embryon anonyme, un foetus ; c’est un homme – une âme vivante. Parents, nous vous prions, ne le faites plus, ne fermez pas vos coeurs et vos demeures à la bénédiction de la vie. Il y a de la place pour tous et il y aura du pain pour chacun. Souvenez-vous des parents sans enfant qui, les larmes aux yeux, prient pour que Dieu leur accorde cette bénédiction ! Que la pénurie ne serve pas d’excuse à l’infanticide ! Ne vous privez pas de la bénédiction de Dieu ! Nous sommes sûrs que des défenseurs autoproclamés des droits de l’homme diront encore que l’Eglise attente à ces droits et à la liberté, qu’ils sachent que nous réprimandons uniquement par amour et sans mépris. Quant à eux, que Dieu leur pardonne le péché et qu’Il les invite dans la communauté d’amour. Nous serons très heureux s’ils acceptent l’invitation.

Beaucoup de peuples prêtent attention à leur existence historique et à leur salut éternel, et le nôtre, le peuple serbe, a tué, hélas, ses enfants non nés plus que nos ennemis l’ont fait durant toutes les guerres prises ensemble. Nous tenons à souligner que dans notre Patrie le nombre des décès annuels excède de 25 000 unités celui des naissances. Nous espérons que ces données conduiront beaucoup à réfléchir avec responsabilité et, mieux encore, à agir.

Dans l’accomplissement des bonnes oeuvres, dans le pardon et la prière, nous devons être persévérants et tenaces jusqu’au bout, car « quand on nous insulte, nous bénissons ; quand on nous persécute, nous endurons ; quand on nous injurie, nous prions… » (1 Corinthiens, 4, 12-13), sachant que « la victoire qui triomphe du monde – c’est notre foi » (1 Jean, 5,4). Les Serbes orthodoxes au Kosovo et en Metohija le ressentent et le savent mieux que tous, comme beaucoup d’autres déshérités chassés de leurs foyers et sans domicile. Ils portent sur le corps les blessures du Christ et triomphent de leurs persécuteurs. Beaucoup d’eux ne comprennent pas parce qu’ils sont préoccupés par eux-mêmes et leurs anxiétés. Eux, à l’image des martyrs et des confesseurs chrétiens d’antan triomphent de ceux qui pensent qu’ils peuvent parvenir à leur fin en infligeant la défaite aux autres. Nous croyons profondément que le temps viendra quand les oppresseurs seront saisis de honte. Prions également pour que nos ennemis comprennent que commettre le mal ne peut apporter du bien à personne. Qu’ils sachent qu’après toutes les défaites par lesquelles ils ont humiliés les autres, ils seront vaincus à la fin par leur propre désespoir. Et pour eux aussi nous prions afin qu’ils triomphent d’eux-mêmes et prennent part à la paix que le Christ donne à tous.

Chers enfants spirituels, notre sainte église serbe de saint Sava a survécu à tous les Golgotha et crucifixions de l’histoire par la joie des pâtres de Bethléem et la sagesse des mages d’Orient, et vivra toujours dans l’unité de la catholicité de toutes les Eglises locales qui constituent l’Eglise une et sainte. Par sa catholicité, elle rassemble le peuple serbe dans son ensemble, sur tous les continents et dans tous les états, et elle est ouverte aux hommes de bonne volonté. Elle a réuni ses enfants fidèles à travers les siècles, en cheminant sur des voies étroites, construisant des ponts de paix et d’amour parmi les hommes et les peuples.

Nous connaissons bien nos chutes, nos schismes, nos divisions. Nous prions le Seigneur qu’ils cessent une fois pour toutes, et nous prions vous tous d’être un dans le Seigneur, de manière à montrer à tous les autres la foi pure et la sainte concorde, la pleine beauté de la foi en Dieu et de la foi en l’homme de Dieu. Et cela adviendra quand nous ne nous diviserons plus de différentes manières et le plus souvent par la déraison. Essayons, dans la joie de la célébration de Noël, de nous réconcilier et de nous réunir autour du berceau du Dieu-enfant et de surmonter nos divisions insensées !

Bien sûr, il faut réfléchir à tout, confronter les diverses positions et en débattre, mais cela ne doit pas être une raison pour semer la haine entre nous et contre quiconque. La règle à respecter devrait être : « Celui qui souhaite être le premier, doit être le serviteur de tous ». Le Christ l’a montré par sa vie , et nous, chrétiens, avons la sainte obligation de le confirmer par notre existence. Aujourd’hui est le jour le plus propice pour nous interroger où en sommes-nous dans cette oeuvre, et nous corriger par nous-mêmes et les uns les autres afin que notre joie soit entière et durable. Chacun de nous doit voir, dans la personnalité d’un autre homme, le visage de Dieu, le visage de son frère et de son éternel confrère. Alors le coeur de chacun de nous deviendra véritablement la grotte de Bethléem où le Christ naît toujours de nouveau. Et plus il y aura de tels coeurs, mieux et meilleurs nous serons tous.

 

Belgrade, Noël 2007.