Kapor Chlomovitch

La collection engloutie d’Erich Chlomovitch
par Yaël Rose (ARCHE juin 2007)
Momo Kapor était l’homme tout désigné pour nous conter cette histoire où la
légende se mêle à la réalité: serbe, peintre, romancier, scénariste et voyageur.
En effet, qui mieux qu’un peintre peut nous parler d’une collection? Qui
mieux qu’un romancier peut reconstituer la biographie mystérieuse d’Erich
Chlomovitch, ce Juif belgradois que l’Histoire et une passion ambiguë pour
les oeuvres d’art devaient conduire jusqu’à Paris avant qu’il ne revienne en
Yougoslavie, pour y trouver la mort, en pleine occupation nazie? Qui mieux qu’un
voyageur peut parcourir ce chemin dans le temps, l’Histoire, la psychologie, la géographie –
pour cheminer, tel un somnambule halluciné, sur ce fil ténu qui sépare, à moins qu’il ne les relie,
la vérité et la f iction? Enf in : qui mieux qu’un scénariste peut reconstituer, dans un roman qui tient
de l’enquête policière, le récit de la vie de la collection d’Erich Chlomovitch?

ENTRE BELGRADE ET PARIS

Car le véritable héros du livre, c’est elle. Elle, la victime qui a perdu jusque son
nom et son identité: une collection de manuscrits, esquisses, eaux-fortes,
sculptures et lettres; une centaine de tableaux – où semêlent les
noms de Renoir, Cézanne, Matisse, Degas, Gauguin, Derain, Utrillo,
Picasso – qui devaient errer sur les routes encombrées de
soldats, en empruntant voitures, trains, charrettes, wagons à bestiaux. Pour terminer où?
Justement : si l’errance du propriétaire a pris fin brutalement, la destinée de cet autre
lui-même n’est point scellée. Pas encore.Momo Kapor, dont le serbe est impeccablement
traduit dans un français trépidant et classique par Slobodan Despot,
nous entraîne sur la piste du troublant Erich Chlomovitch.
Le romancier sait protéger toute la densité d’un personnage qui reste rebelle à l’interrogatoire.
Ce n’est point un portrait- robot, et moins encore une autopsie, qu’il nous livre de la personnalité de l’homme:
le roman, qui nous entraîne dans une épopée slave, nécessairement tragique, entre Belgrade et Paris, laisse
aussi sa part aux zones d’ombre.
Ainsi: où et quand Erich Chlomovitch est-il exactement né ? Quand a-t-il quitté Belgrade pour arriver à Paris?
De quelle manière est-il devenu le propriétaire de sa collection dont le lecteur pourra juger – et lui seul – si elle
estmaudite ou enchantée? Quand est-il mort et de quelle manière? Le visage grave d’Erich Chlomovitch prend
des allures de Sphinx: tout se passe comme si le collectionneur, devenu metteur en scène de sa propre vie,
avait brouillé toutes les pistes qui pouvaient mener jusqu’à lui.

Humilité du collectionneur qui veut se cacher pour mieux faire apparaître la valeur exclusive et jalouse de ses protégés?
Ruse du négociant d’art qui joue et déguise son identité? À moins qu’il ne s’agisse plus prosaïquement d’une prudence
toute juive? Quoi qu’il en soit, les vides de la biographie de Chlomovitch renvoient, tels des échos, à ceux qui tissent la biographie de sa collection: s’il est vrai que la collection révèle l’âme du collectionneur, on n’aura jamais vu aussi parfaite coïncidence entre un homme et sa chose. La nature, la composition, les énigmes, l’histoire de l’un répondent à celles de l’autre.

L’ÉTOILE JAUNE

On le retrouve jeune adolescent dans la maison familiale de la rue Dobracina, où il écrit timidement – mais quelle audace! – une lettre au grand collectionneur d’art parisien Ambroise Vollard. Le petit Juif belgradois y confesse avec humilité, ou peut-être avec orgueil, qu’il veut devenir comme lui. Quelques années plus tard, Erich Chlomovitch fait son arrivée à Paris: il retrouve Ambroise Vollard, qui le prend à son service, et il ne lui faudra que quelques années pour se constituer sa collection de grands maîtres français.Cocteau lui écrit. Matisse et Chagall se font photographier dans leur atelier en sa compagnie. Le Corbusier est son ami. D’ailleurs, l’esprit travaillé par la fièvre d’une mauvaise grippe, alors qu’il est couché dans sa chambre d’un hôtel minable de la Porte de Clignancourt, c’est à Le Corbusier qu’il conf ie, dans son délire, la construction du musée qui accueillera, à Belgrade, sa collection formidable. Délire ? Pas si sûr. «Délire» est le nom que donnent les hommes sans imagination aux intuitions et aux ambitions d’esprits plus grands.

Parce que les faits sont là: Erich Chlomovitch est bien à la tête d’une grande collection. Et il l’emmène avec lui en Yougoslavie – sommes-nous en 1939 ? en 1940? – où Son Altesse le Prince Régent refuse (est-ce seulement parce qu’il est imbécile et snob?) de l’exposer auMusée national de Belgrade. Peu importe: Erich remet sa collection dans sesmalles et repart en train jusque Zagreb. Il trouvera où, et à qui, présenter ses merveilles de l’art français.

Mais la bourgeoisie, si elle s’enthousiasme dans un premier temps, se révèle aussi creuse et vaniteuse que la noblesse. Elle se lasse vite de cet ascète de l’art, dont les manières et sans doute la lucidité sur le monde, et ceux qui le composent, l’exaspèrent. Erich et ses tableaux reviennent à Belgrade.

Dans quelques mois, les Juifs de Yougoslavie porteront l’étoile jaune. Dans quelques mois encore, ils seront entassés dans des camions et des wagons. La famille Chlomovitch quitte la grande ville pour se réfugier dans un petit village paysan de Serbie. Avec la précieuse collection cachée dans le faux mur d’une cuisine. Renoir et Cézanne, Matisse et Derain, la culture française entre les mains d’un Juif serbe, en cavale au coeur de l’Europe orientale avec les nazis à ses trousses. Si la vie de chaque homme est un roman, celui-là est de Tolstoï. Ou de Gogol.

Le paysan a-t-il eu peur? A-til voulu se protéger? N’a-t-il simplement pas bien compris l’effet que sa déclaration aurait sur l’officier? Quand l’officier allemand lui a demandé si quelqu’un parlait sa langue dans le village, il les a désignés. Eux, c’est la famille Chlomovitch, dont le nom slavisé cache pourtant mal un Chlomo juif qui ne pouvait que déplaire.

UNE LONGUE TRAQUE

Erich et son père sont emmenés par les soldats allemands. Ont-ils été fusillés dans une forêt? Asphyxiés dans ces camions de la mort sortis de l’imagination détraquée du colonelWalter Rauff? Ont-ils été livrés aux SS avant d’être déportés à Auschwitz, comme le déclarera la famille des Chlomovitch à Tel-Aviv ? Une chose est certaine: Erich Chlomovitch est mort le jour où les Allemands l’ont violemment arraché à sa collection. Sa création. Tel un enfant fragile, elle est le seul héritier de son nom qu’il laisse au monde.Et la collection reprend son errance: elle se perd d’abord dans un accident de train sur les routes de Serbie, où des soldats bulgares utilisent des esquisses de Renoir pour allumer un feu. On la retrouve ensuite dans une petite maison modeste au Kosovo. Le romancier, l’enquêteur de police, deviennent espions: un agent de la police secrète de Tito, alerté par une conversation d’un diplomate mis sur écoute, retrouve la trace de la collection. C’est de cette manière qu’elle arrive, après une longue traque, au Musée national où elle sourit ironiquement au Régent exilé depuis sa collaboration avec l’Allemand. Elle est finalement entrée au Musée de Belgrade. Où elle restera cachée dans les caves du musée et de l’histoire, jusqu’à ce qu’un nouveau coup de théâtre la remette en lumière: d’autres pièces majeures de la collection sont retrouvées par un petit employé dans un coffre de la Société Générale en France ! Tout est en place pour l’acte final: le procès.

La collection est aujourd’hui disputée entre trois parties : les héritiers français d’Ambroise Vollard, les héritiers israéliens d’Erich Chlomovitch, et leMusée national de Serbie qui espère pouvoir faire valoir les derniers voeux du grand collectionneur juif – sauver l’intégrité de la collection, qui menace d’être dispersée du jour où elle serait transférée dans le domaine privé pour être mise en vente, en l’exposant, totale et unique, au Musée national, sous le nom d’Erich Chlomovitch, moyennant un accord avec les héritiers naturels de la collection. Erich Chlomovitch est mort. Sa collection est porteuse de la mémoire de son nom. Et aussi ce très beau roman.

Momo Kapor, Le mystère Chlomovitch, traduit du serbe par Slobodan Despot, postface de David Laufer
Éditions Xenia, 150 pages, 16 euros
momo_kapor

Le mystère Chlomovitch, par Louis MAGNIN

B. I. n° 117, janvier 2007

Extraordinaire histoire que celle d’Erich Chlomovitch! L’obscur fils d’un tailleur yougoslave, dont on ignore même la date exacte de la naissance, devient, dans l’entre deux guerres, l’ami du plus célèbre marchand d’art de l’époque, Ambroise Vollard. En l’espace de quelques années, à peine sorti de l’adolescence, il se constitue à coups de prévisions de génie, la plus formidable collection de peintures modernes du siècle. Fréquentant les pionniers littéraires et artistiques du Paris de l’époque, il se fait dédicacer les œuvres d’auteurs dont il connaît le talent et pressent l’avenir. Il réunit tableaux et dessins de Renoir, Degas, Vlaminck, Derain, Matisse, Bonnard, Gauguin, Rouault et de bien d’autres, dans un ensemble de près de 500 pièces à peu près unique au monde.Dévoré par une passion de missionnaire, il veut faire don de ce trésor à son pays. Une première tentative échoue. En 1939, commettant une bourde historique, le prince régent Paul Karadjordjevic refuse d’ouvrir son musée de Belgrade à un juif inconnu. Nullement découragé, Chlomovitch transporte ses précieuses malles à Zagreb et y organise, en 1940, une exposition qui stupéfie et éblouit le public, révélant des œuvres majeures dont les plus éminents critiques ne soupçonnaient même pas l’existence. Hélas, la guerre éclate. Chlomovitch, qui ne vit que pour la conservation de son trésor, se réfugie dans un trou perdu de la province profonde, et mure secrètement les caisses en tôle dont personne ne connaît le contenu dans le fond d’une vieille ferme. Démasqué comme juif par une unité nazie de passage dans le hameau, il est emmené et disparaît avec le secret de sa cachette, sans qu’on sache ni où, ni quand, ni comment il est mort. Alors commence une fabuleuse saga d’enquêtes et de recherches. Le livre de Momo Kapor, lui-même peintre et écrivain de renom, est une mosaïque de témoignages s’étendant sur vingt ans. Il en ressort un personnage solitaire, énigmatique, sans attaches, doué d’un flair exceptionnel et fanatique de la beauté, qui meurt aussi mystérieusement qu’il a vécu. Mais surtout, on y parcourt les péripéties d’une étonnante chasse au trésor. Un trajet aux méandres sinueux, allant de surprises en découvertes et de questions irrésolues à de nouvelles énigmes, mêlant informateurs douteux, ayants droit, héritiers et détenteurs illégaux, un trajet qui se lit comme un roman policier. Et qui n’est pas achevé. Une partie de ces richesses, retrouvée après de nombreuses aventures, s’entasse dans les sous-sols du musée de Belgrade; une autre est enfermée dans les coffres forts d’une banque parisienne; une autre enfin manque dans le répertoire qui avait été dressé à Zagreb.

Le tout est l’objet de multiples procès qui sont encore en cours. Une histoire qui tient en haleine et qui ferait un excellent scénario de film.

slikeMystère Chlomovitch, par Isabelle Falconnier

“Que de morts autour de la collection maudite ! On dirait qu’elle a toujours porté malheur. N’est-ce pas une revanche du destin, châtiment suscité par la manière dont, en son temps, Erich Chlomovitch se serait procuré ces tableaux?”

C’est l’une des énigmes artistiques majeure du XXe siècle. De parles destins humains qu’elle brasse, l’inextricabilité de la situation et la valeur inestimable des tableaux qui sont en jeu. Depuis un demi-siècle, une collection d’art dort entre Belgrade et Paris, enfouie entre les caves du Musée national serbe et les coffres de la Banque de France. Six cents tableaux, quatre cents à Belgrade, deux cents en France, des chefs-d’œuvre de maîtres français, des Degas, des Mondrian, des Renoir, des Picasso, des Cézanne, des Bonnard sont convoités par les héritiers des deux acteurs du mystère dit « Chlomovitch » : Erich Chlomovitch lui-même, né Juif yougoslave en 1910 ou 1915, collectionneur d’art précoce, et Ambroise Vollard, marchand d’art parisien dont il devient le plus proche collaborateur dans les années 30. L’enjeu est énorme : des tableaux valant pour certains plusieurs dizaines de millions de dollars, au total plusieurs centaines de millions de dollars, quasi le budget de l’Etat serbe.Vollard meurt en 1939 dans un accident de voiture absurde. Chlomovitch, prévoyant l’invasion allemande, cache deux cents pièces dans un coffre de banque, et embarque le reste en Yougoslavie. U a juste le temps de cacher le tout dans un village serbe avant de mourir dans un camp nazi. Seule rescapée, sa mère négocie le don de la collection à l’Etat yougoslave. Elle meurt dans un accident de train alors même qu’elle amène les tableaux à Belgrade, sans que l’Etat ait accordé la «juste compensation» à laquelle il s’est engagé. Commence une longue suite de décisions de tribunaux toutes plus inapplicables les unes que les autres pour savoir à qui appartiennent les tableaux, de requêtes des héritiers de Vollard et de Chlomovitch, disséminés entre la Serbie, Paris et Israël.

2000, Milosevic est renversé. David Laufer, né à Lausanne en 1971, écrivain, alors spécialiste en communication et en publireportages internationaux pour le magazine Fortune, est envoyé en mission en Serbie. En visite au musée national, il se fait ouvrir des salles fermées à clé, et tombe sur de fabuleux tableaux endormis. Il se fait engager pour 500 euros mensuels par le Ministère de la culture du nouveau gouvernement serbe pour redorer l’image culturelle du pays grâce à sa collection de peinture. Laufer fait visiter son musée aux directeurs de musée de toute l’Europe et à tous les people de passage, d’Aznavour à Anna Mouglalis. Un jour, il entend murmurer le nom de Chlomovitch – «on me sortait en fin le squelette du placard. Au lieu de considérer Chlomovitch comme un héros, ils le voient comme la source d’ennuis potentiels.» Laufer tente de persuader, en vain, Belgrade de prendre l’initiative de régler l’imbroglio. Début 2003, après deux ans en Serbie, on lui fait comprendre qu’il dérange. «Belgrade n’a pas envie de restaurer le nom de Chlomovitch. Ils sont obnubilés par la peur de perdre la collection. Or, s’ils prenaient l’initiative d’une véritable mise en valeur de sa collection, en son nom, c’est l’inverse qui se produirait. Personne ne songerait à la leur enlever.»

Le mystère Chlomovitch, enquête romanesque et poétique signée de l’écrivain Momo Kapor, paraît en 2002 en Serbie. Un peu de bruit, mais aucun impact sur le plan politique. «Le travail de sape de la mémoire a été efficace … » Dès la création des Editions Xenia à Vevey, son fondateur, Slobodan Despot, se promet de le publier. Soit cette semaine en Suisse, d’ici à un mois en France. «En paraissant en français, ce livre peut enfin faire bouger les choses. Impossible de faire J’autruche plus longtemps. Si le versant parisien de l’affaire se débloque, Belgrade suivra. Rien n’est simple, hélas : le dernier héritier de Vollard avait 80 ans en 1996, lors de la dernière décision de justice … “C’est l’Atlantide, cette affaire, soupire Laufer. Une histoire fabuleuse. t ma vie, maintenant. Chlomovitch, je ne le quitterai plus. Le pire que l’on pourrait lui faire aujourd’hui, après que les nazis l’eurent assassiné, que les communistes eurent rayé son nom de sa collection, que la justice eut continué à laisser ses tableaux dormi r, c’est de disperser sa collection pour régler le problème.»

kapor-zajedno
Enquête sur une collection, par Serge Hartman
(Dernières Nouvelles d’Alsace /N° 1 Mardi 2 janvier 2007)
Il a réuni en peu d’années une collection d’art moderne exceptionnelle. Avant de disparaître dans la tourmente de la guerre. L’écrivain serbe Momo Kapor ressuscite l’étrange Erich Chlomovitch. Une enquête qui tient du conte cruel. « Chlomovitch a déboulé à Paris comme une météorite et est parvenu, en cinq ans seulement, à établir des liens intimes avec certains des plus grands peintres et poètes français, accumulant une collection de gravures, d’éditions de tête, de dessins, d’aquarelles et de toiles devant laquelle le plus gâté des amateurs d’art ôterait son chapeau… Ainsi l’historien d’art Bernard Dorival résumait-il, en 1981, la fascinante trajectoire d’Erich Chlomovitch. Rien ne prédisposait ce fils d’un tailleur juif de Belgrade à un tel destin. Mythe ou réalité, à 13 ans, il écrit à Ambroise Vollard une lettre pour lui faire part de son admiration, après avoir dévoré une monographie de Renoir éditée par le grand marchand d’art. Et le découvreur de Cézanne, Picasso et Matisse, touché par la juvénile missive, de le convier à venir lui rendre visite une fois atteint l’âge adulte.
Ce que fit Chlomovitch. En 1935, à 20 ans, il se rend à Paris et sonne à la porte de Vollard qui charmé, l’embauche le soir même. « Durant près de cinq ans, jusqu’à la mort de son protecteur, Chlomovitch travaille à ses côtés et accumule les œuvres d’art signées Cézanne, Renoir, Picasso, Matisse, Derain, Rouault…Comment, même introduit au cœur du système marchand du monde de l’art, parvient-il à se constituer une collection de plusieurs centaines d’œuvres des grands maîtres de son temps?? Momo Kapor, qui cumule ici les casquettes d’enquêteur, romancier et historien d’art, ne livre pas de réponse. Il constate simplement combien Chlomovitch était suffisamment proche des artistes pour se faire photographier en compagnie de Matisse. Chagall, Le Corbusier, Bonnard, Maillol, Léger…Au-delà du mystère qui nimbe son personnage, Kapor donne chair à un homme dont la vie n’a jamais été déterminée que par un seul but: offrir à Belgrade une collection d’art moderne de stature internationale. Chlomovitch sera rattrapé par la guerre. Sa ville natale bouda la proposition, et ce fut Zagreb qui en 1940 exposa de 400 œuvres lui appartenant. Mais Chlomovitch sera rattrapé par la guerre. Réfugié dans un village serbe, il tombe dans les mains des Allemands et disparaît dans les camps. Une partie de sa collection, cachée dans un mur à double fond, est remise en 1949 au musée national de Belgrade – 163 tableaux et 158 gravures. L’autre, restée à Paris, somnole dans le coffre d’une banque. Celui-ci est forcé en 1948, la location étant échue depuis 1943. Les employés y découvrent 190 tableaux, dessins et gravures. Des -croûtes- qu’ils jugent sans importance. Le coffre est refermé, oublié, puis rouvert en 1980. On réalise alors quelle caverne d’Ali Baba vient d’être exhumée, riche de petits bijoux comme Le Portrait de Zola jeune par Cézanne, Le Guitariste debout de Matisse ou Les Baigneuses de Picasso. Estimation de l’ensemble: huit millions de francs. Une bataille juridique s’en suivra, opposant Belgrade aux héritiers de Chlomovitch. Unique lacune d’un livre par ailleurs très documenté: ne pas préciser la situation actuelle de l’ensemble de la collection et l’ampleur de la dispersion d’un fonds qui aurait gagné à rester uni.