La Serbie dans l’opinion allemand 1914-1919, par Momcilo Seleskovic

Thèse de doctorat d’université, La Serbie dans l’opinion allemande contemporaine, soutenue au printemps 1919 à la Sorbonne, publiée la même année à Paris, aux éditions Jouve, reste un texte d’actualité. Dans cet ouvrage, Seleskovic met sous la loupe l’opinion sur les Serbes telle qu’elle est exprimée dans la presse germano-autrichienne tout au long de la récente conflagration.

«Ecoutez l’ennemi. Prêtez l’oreille même aux reproches. Par l’odorat et le goût il vous faut deviner ce qui bout dans la chaudière des sorcières de l’autre côté du mur. Celui qui, pendant cette guerre, ne s’est pas encore déshabitué de la peur de voir et du dégoût d’entendre n’est pas digne des héros de son pays». (Maximilian Harden : Krieg und Friede, vol. I., p. 130).
Le plus grand tort des Allemands, ce n’est pas leur injustice envers les Serbes, c’est plutôt leur ignorance : celle-ci est la cause de celle-là. Voilà la première, la plus grande et la plus nette des impressions qu’on éprouve en lisant les livres et les articles de revues et de journaux qu’ils ont consacrés à ce sujet.

Il n’y a que peu de gens qui se soient donné la peine de connaître les faits au lieu d’exprimer leurs sentiments. Et parmi ce petit nombre, il y en a peu à qui leur connaissance des faits ait servi comme moyen d’une orientation nouvelle, et non pas comme soutien d’une théorie préconçue. Dans la plupart des cas, la Serbie est jugée d’un point de vue qui lui est étranger. On applique ordinairement les notions allemandes aux circonstances serbes. L’injustice, qui en est la conséquence nécessaire, n’est donc qu’une contradiction des Allemands avec eux-mêmes : elle est simplement un manque de méthode.

En Autriche même, où pourtant la question Yougoslave représente une valeur pratique et actuelle, on ne s’intéresse et on ne connaît que médiocrement la situation. En 1918, encore, le comte de Barbo‑Waxenstein peut dire dans un article de la «Neue Freie Presse» (du 20 mars, intitulé «Die südslavische Frage») que la question yougoslave est tout à fait nouvelle pour le grand public et que par conséquent celui-ci n’a aucune idée nette à son sujet…(extrait du livre)

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