Le Kossovo de l’absolu, par Komnen Becirovic

La dernière décennie du XXe siècle, qui devait clore le deuxième millénaire du Christ par la célébration de son jubilé, vit surgir la Bête d’Apocalypse, qui prit, avec la guerre de l’Otan contre les Serbes pour leur arracher le Kossovo, les allures d’une vieille femme obèse aux yeux livides, derrière laquelle la démocratie sombra dans la tyrannie, l’humanité dans l’inhumanité, la civilisation dans la barbarie. L’une de causes profondes de cette aberration, de cette malédiction, aussi bien au Kossovo que précédemment en Bosnie et en Croatie, aura été certainement le refus et le mépris de l’histoire par les faiseurs d’opinion, par les détenteurs de la puissance politique et médiatiqu, conduisant à des décisions néfastes qui précipitèrent la Yougoslavie dans les affres des guerres civiles.

A ce refus des réalités historiques, et des faits existants, s’ajoutaient, notamment de la part de l’Allemagne qui initia la destruction de la Yougoslavie, l’atavisme vindicatif contre les Serbes, la volonté d’exercer et d’étendre leur puissance de la part des États-Unis, une carence morale générale, une logique perverse, la recherche désespérée par divers humanistes d’une cause à défendre, fût-elle aberrante, l’urgence d’étancher la soif du mal, puisque l’occasion s’en présentait et que l’on ne risquait rien. Si bien que pendant des années, alors que nous invoquions l’histoire pour tenter d’expliquer le drame yougoslave, les oracles médiatiques et politiques, dans la mesure où l’on pouvait les approcher, nous rétorquaient : frappes aériennes ! Tout comme Gœbbels menaçait de sortir son revolver si on lui parlait de la culture, à cette différence près que le boiteux docteur ne se prenait pas pour un humaniste et s’en moquait éperdument. Rappelons-nous comment, pendant les mois ayant précédé la guerre dite du Kossovo, les humanistes de l’Ouest, craignant que la proie puisse leur échapper et les laisser sur leur faim, criaient à l’unisson que la crédibilité de l’Otan serait gravement compromise, que l’Alliance atlantique cesserait d’être redoutée si elle ne lançait pas immédiatement ses bombardiers contre la Serbie, sous le prétexte de sauver les Albanais d’un prétendu génocide et de répandre les droits de l’homme et la démocratie, qu’ils ne cessaient d’invoquer en hurlant dans leurs antres !

C’est à croire que la Providence a voulu que se manifeste au Kossovo, espace du Christ par excellence, à la fin de son deuxième millénaire, le mal du monde, et que le Kossovo apparaisse désormais moins comme un territoire meurtri, dévasté, ensemencé par l’uranium appauvri, vidé des Serbes et livré à leurs ennemis héréditaires albanais, que comme un grouillement et un vacarme de monstres dans l’univers.

Mais que dit au juste l’histoire du Kossovo et, d’une façon générale celle des Serbes et des Albanais ? D’abord elle reste étrangement muette jusqu’à la fin du XIe siècle sur les Albanais dans les Balkans, comme s’ils ne s’y trouvaient pas encore ou comme s’ils n’y jouaient aucun rôle important, tandis que l’espace qu’occupe l’actuel État albanais se trouvait tour à tour dans l’empire byzantin, bulgare et serbe.

Elle affirme que les Serbes, sous la dynastie des Némanides, édifièrent un puissant État et développèrent une splendide civilisation, ayant justement pour centre la province du Kossovo qu’ils transformèrent, en y élevant d’innombrables églises, en un vaste temple du Christ, en leur Jérusalem.

Elle raconte comment, à la suite de l’écrasement de l’armée du prince Lazare par celle du sultan Mourad en 1389 dans la plaine du Kossovo, naquit dans l’âme serbe affligée le grandiose mythe kossovien qui, à travers son expression poétique, constitue l’une des plus belles pages de la littérature universelle.

Elle relate, contrairement à ce que proclame une propagande développée jusqu’au délire par l’écrivain Ismaïl Kadaré évoquant l’inimitié immémoriale entre Serbes et Albanais, que les rapports entre eux tout au long de Moyen-Âge, étaient excellents au point que la fille du roi serbe Étienne le Premier Couronné, la princesse Comnènie, épousa le seigneur albanais Dimitry Progon.

Elle apporte des preuves incontestables, en particulier celles fournies par l’historien allemand Karl Hopf, sur l’origine serbe de Georges Castriote dit Skanderbeg, héros national des Albanais, sur ses liens de parenté avec les dynasties serbes Tsernoyévitch et Brankovitch, en même temps qu’elle témoigne du mépris et de la haine que lui vouaient les Turcs, parce qu’il les avait, après avoir déserté leurs rangs, farouchement combattus pendant un quart de siècle.

Elle fait état de la conversion massive des Albanais, en contradiction totale avec l’œuvre de Skanderbeg, à la religion du conquérant turc, l’islam, et de leur transformation, avec les apostats bosniaques, en férule turque dans les Balkans en même temps qu’en fournisseurs de nombreux pachas et vizirs aux Ottomans, qui mériteront par leur dévouement à Istanbul le titre de « meilleurs fils du Sultan ». Elle rapporte, période par période, la colonisation de cette terre serbe par les Albanais avec la descente de leurs diverses tribus montagnardes dans la plaine de Métochie et du Kossovo, ainsi que l’éviction de la population serbe autochtone sans défense, au prix de massacres, d’exodes successifs ou d’albanisation forcée, effectués à l’ombre de l’occupant asiatique.

Elle dévoile les menées de l’Autriche parmi les Albanais tout au long du XIXe et au début du XXe siècles, dans sa volonté de neutraliser la Serbie renaissante et de succéder à la Turquie dans la péninsule balkanique, ainsi que de frayer à l’Allemagne bismarckienne, ivre de sa puissance, le Drang nach Osten, le chemin de l’Est, créant l’une des causes de la Première guerre mondiale.

Elle retrace la libération du Kossovo par les Serbes, au grand dépit de l’Autriche, dans le contexte de l’affranchissement complet d’autres peuples balkaniques, Grecs, Bulgares et Roumains, de l’oppression séculaire turque, et la réintégration de la province au sein de la Serbie en 1912, et de la Yougoslavie en 1918.

Elle narre l’horreur albanaise qui, à l’ombre de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste, s’abattit sur les Serbes du Kossovo, lors de l’occupation et de la destruction de la Yougoslavie par ces puissances en 1941, lorsque les chefs albanais s’écriaient qu’il n’y aurait plus de Serbes sous le soleil du Kossovo.

Elle démontre comment le régime communiste titiste, viscéralement antiserbe, favorisa les Albanais, les laissant sévir contre les Serbes en faisant fuir de la province quelques 300 000 d’entre eux, et comment la Serbie tenta de rétablir sa souveraineté sur le Kossovo au moment où allait se produire le cataclysme yougoslave, les Albanais la refusant et criant à l’apartheid et au génocide, tout en se livrant à la terreur, avant que l’Ouest ne se mette à leur service.

Voilà ce que dit, à travers des milliers de pages qui l’attestent, l’histoire du Kossovo ! Voilà comment cette terre de grandeur et de splendeur des Serbes s’est transformée en terre de leur malheur, de leur douleur et de leur misère ! Voilà comment s’explique la présence d’une telle multitude d’Albanais au cœur de la Serbie ! En fait l’histoire proclame hautement la serbité du Kossovo : en effet tout y est serbe, la géographie, l’histoire, la culture, la civilisation, alors qu’il n’y existe rien d’albanais hormis l’usurpation, le nombre, la terreur et la destruction. C’est navrant à dire, mais autant les Serbes ont donné au Kossovo, à travers leur art sacré et leur épopée, la pleine mesure de l’absolu dans l’homme, autant les Albanais y ont fait preuve du contraire par leur acharnement dans le mal, sans exemple dans l’histoire du monde.

C’est de ce Kossovo de l’absolu, qui continue de resplendir dans la nuit actuelle où se trouve plongée la Jérusalem serbe, que témoigne ce livre à travers les écrits d’une multitude d’esprits européens parmi les plus éminents dans le domaine de l’art et de la poésie, domaine de prédilection de l’absolu, d’autant plus que ces créations, en l’occurrence, ont été inspirées par une grande foi.

Ces pages feront également comprendre l’étendue de l’aberration des dirigeants occidentaux qui, ayant pris leurs décisions concernant le Kossovo non pas en respectant l’histoire et la morale mais en les méprisant, se sont transmués de défenseurs de la civilisation qu’ils prétendaient être en foudres de la barbarie, comme le prouve le spectacle désolant du Kossovo dévasté par leurs protégés albanais, avec 150 temples du Christ profanés, vandalisés, transformés en ruines. Place, donc, à la part d’éternité du Kossovo qu’aucun Bill Clinton ni aucun de ses acolytes, aucun oiseau de la mort parmi les myriades qu’ils envoyèrent sur la Serbie, aucune imprécation ni imposture de nos humanistes, aucune main sacrilège ou meurtrière ne peut atteindre. Il est salutaire, il est éclairant pour les consciences de le rappeler en cette année où les forces du mal s’emploient à parachever leur œuvre maudite au Kossovo, en l’arrachant définitivement du sein de la Serbie où il aura été pendant plus d’un millénaire, aussi bien pour sa plus grande gloire que pour son plus grand martyre.