Terre sacrée du Kossovo

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Extrait du livre

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« La culture, puisque c’est le bien le plus précieux que l’on possède, n’appartient jamais au passé », dit l’auteur de La Métamorphose des dieux, André Malraux, en pensant précisément à l’importance du patrimoine artistique et religieux du Kosovo.

Le vaste territoire du Kosovo, au sud de la Serbie, avec ses plaines fertiles et son sous-sol regorgeant de minerais, célèbre pour ses gisements d’argent aurifère, n’est pas moins riche en monuments d’art sacré. Ces sanctuaires furent érigés au Moyen Âge par les souverains et les dignitaires ecclésiastiques, la noblesse, le clergé et les moines, et même — ainsi que le précise une inscription d’époque — par « la roture grande et petite ».

Le Kosovo comprend plusieurs régions géographiques qui furent toujours distinctes par le passé’. Dans le remaniement du pays à la fin de la Seconde Guerre mondiale (1945), la province autonome crée dans le cadre de la Serbie et correspondant à ce territoire fut officiellement appelée Kosovo i Metohija’ et désignait deux entités naturelles comprenant des plaines et des côteaux, séparées par de basses chaînes montagneuses et des cols. Les lignes de partage des eaux s’y articulent de telle manière que les cours d’eau prenant leur source dans là région se trouvent orientés vers les bassins de la mer Noire, de la mer Égée et de l’Adriatique. Cette situation géographique fait du Kosovo une croisée des grandes voies menant aux différentes mers. La « route de la Zeta » — celle de la vallée du Drim en direction de Skadar (Scutari) et passant par Prizren — est depuis toujours la liaison la plus directe et la plus fréquentée entre l’intérieur de la péninsule balkanique et le littoral adriatique.

Au cœur de la Province actuelle se trouve le Kosovo Polje (Champ des Merles) proprement dit, une plaine qui fut le théâtre d’événements cruciaux et qui reste profondément présente dans la conscience collective. On a récemment mis en lumière les notes de voyage de l’évêque latin Martin Segon, qui, se rendant à Skopje dans la seconde moitié du XVe siècle, précisait que le champ en question était long de 70 milles et « illustré par les batailles que divers peuples s’y sont livrées ». Sans doute songeait-il avant tout au célèbre affrontement qui opposa, le 28 juin 1389, les forces serbes réunies autour du prince Lazar Hrebeljanovic à l’armée ottomane menée par le sultan Murad I- en personne — féroce bataille où les deux souverains devaient perdre la vie. Les conséquences de cette bataille ne furent cependant tragiques que pour le destin des pays balkaniques, même si les premières nouvelles parvenues en Occident avaient annoncé une grande victoire des armées chrétiennes. Le Champ des Merles allait encore être le théâtre de bien d’autres conflagrations — et le prélat, lui-même originaire de Novo Brdo, en était bien conscient. À l’automne 1448, une sévère défaite fut ainsi infligée au seigneur hongrois Jean Hunyadi, chef d’une alliance chrétienne contre les Turcs, qui devaient, dès 1455, établir un empire durable dans cette région.

Le Kosovo fit partie du territoire de l’État serbe dès la fin du XIIsiècle, au temps de son fondateur, le grand jouant Étienne Nemanja. On n’y a cependant guère retrouvé de monuments datant des premières décennies de cet État, et les restes des édifices byzantins ne fournissent pas beaucoup d’indications sur la vie ecclésiastique de la période précédente. Une image un peu plus précise est fournie par les fouilles archéologiques menées dans les cités fortes les plus anciennes, qui avaient longtemps défendu les frontières nord-ouest de l’Empire.

La fondation, en 1219, d’un archevêché serbe indépendant ayant son siège au monastère de Zica vivifia considérablement la vie culturelle et artistique du pays. Son premier patriarche, saint Sava, le fils cadet de Nemanja, institua un réseau d’évêchés calqué sur la tradition de l’administration ecclésiastique byzantine, qui avait pour métropoles la ville antique d’Ulpiane et Prizren. En relation avec ces faits, on peut suivre l’évolution de l’activité artistique dans la région dès les années 1220, non seulement dans les cathédrales restaurées ou nouvellement construites, mais aussi dans les modestes demeures monacales. D’un point de vue plus général, le développement des arts au Kosovo est étroitement lié à l’importance de la province dans la vie du pays qui connut son apogée au temps où les souverains élisaient résidence dans ses cités et où les chefs de l’Église serbe trônaient à Pec, jusqu’alors domaine marginal de l’archevêché. Même le transfert du siège spirituel de Zica vers le sud, après une razzia ennemie, est à juste titre mis en rapport avec la proximité de la cour royale, auprès de laquelle le chef de l’Église avait un rôle et des obligations.

Dans l’histoire de l’art médiéval serbe, les sanctuaires du Kosovo, par leur nombre et leur caractère, constituent l’essentiel du patrimoine construit lors du puissant essor de la Serbie dans la première moitié du XIVe siècle. Les idées et les procédés stylistiques qui parvenaient de Byzance avaient ouvert de vastes possibilités pour la création artistique. Ils n’excluaient pas pour autant la présence traditionnelle des formes de l’art occidental, qui pénétraient dans l’intérieur des terres par l’autre flanc, grâce.aux villes côtières de l’Adriatique.

L’aspect des monuments reflétait avec précision la position sociale et les ressources matérielles des commanditaires. Par leurs dimensions et leur ornementation, par l’opulence de leur architecture et les concepts esthétiques qu’elles traduisaient, les fondations des souverains se distinguaient nettement des églises que les archevêques faisaient ériger dans leur métropole de Pec avec des matériaux plus modestes, mais en en recouvrant l’intérieur de fresques qui restituaient de manière sublime les conceptions et la culture des moines. Des différences encore plus grandes se manifestaient entre les édifices commandités par les plus hauts représentants du pouvoir spirituel et profane et les fondations de la basse noblesse, et ces différences apparaissaient plus frappantes encore avec les humbles églises de village ou les cavernes rustiques simplement aménagées pour accueillir les anachorètes.

Du fait de sa position spécifique au sein de l’État serbe, le Kosovo était plus ouvert que d’autres provinces aux divers courants porteurs des cultures du monde oriental et occidental, avec leurs langues — grecque et latine — et leurs traditions confessionnelles et littéraires respectives. Tout de même, la littérature ecclésiastique en langue vernaculaire demeurait marquée de manière prédominante par la culture byzantine, au sein de laquelle elle s’était développée dès le Xe siècle.

L’architecture et la sculpture, d’autre part, présentaient une intéressante cohabitation et interpénétration de formes stylistiquement hétérogènes, qui aboutissaient quelquefois à des symbioses tout à fait inattendues. Travaillant de longues années côte à côte, dans une tolérance qui pourra paraître incongrue au profane, les artisans, quelle que fut leur confession ou leur formation professionnelle, respectaient le caractère de l’autre confession et prenaient grand soin de satisfaire, jusque dans les moindres détails, aux impératifs de son culte. On trouve un exemple éloquent et admirable de cette largeur de vues dans le fait que le roi Étienne Decanski (1322- 1331), se rappelant ses années d’exil passées au monastère constantinopolitain du Christ-Pandokrátor et décidant de vouer au même patron son grand temple funéraire du monastère de Decani, en confia l’édification au franciscain Vito, membre de l’ordre des Frères mineurs de Kotor … La suite dans le livre.