Ecritures féminines

127_copie_1

Le baiser du moustique

Auteur : Mikic Ivanka

PRIX : 22 €

Par Maurice Pergnier

Derrière ce titre insolite, accompa­gné du sous-titre “De la guerre à l’amour”, se cache un récit autobio­graphique d’une grande sensibilité littéraire. Par sa composition et son style d’écriture, qui l’éloigne délibé­rément du genre conventionnel des “mémoires”, le livre se qualifierait facilement de roman, si l’auteur ne revendiquait hautement la quasi ­exactitude de ce qu’elle raconte (ou, plutôt, conte) son sujet. le passage de l’enfance à l’adolescence d’une gamine de bonne famille belgradoi­se, prise dans l’étau de la guerre, entre 1941 et 1944. Il serait plus juste de dire le passage de l’état d’enfant à celui de femme, car on n’avait guère le loisir, en ces temps de fer et de feu, de s’attarder dans l’adolescence. Moustique, c’est le sobriquet dont l’a affublée une ca­marade de classe (cet âge est sans pitié !) et par lequel ses parents et ses proches l’interpellent affectueu­sement. Le surnom, on s’en doute, ne plaît guère à la fillette de quatorze ans, car il lui rappelle ses ”jam­bes qui prenaient racine sous le menton” et sa “poitrine à deux noeuds sur une planche”. Moustique, pour sa part se voit papillon (et – ça le livre ne le dit pas – le deviendra. rappelons qu’Ivanka fut danseuse étoile, mannequin, championne de natation, et bien d’autres choses encore, qui ne dénotent pas un défi­cit d’épanouissement féminin !). Quoi qu’il en soit tandis que Mous­tique fait sa mue et se débat avec les fulgurances et les trous noirs de la puberté, d’autres blessures lui sont infligées, qui n’ont celles-là, rien à voir avec son physique. C’est l’Histoire, sous son visage le plus atroce, qui fait irruption dans sa vie. Le récit commence avec les préludes de l’attaque allemande contre la Yougoslavie, et s’achève avec la pri­se de pouvoir des Partisans de Tito. On sait depuis La chartreuse de Parme, que la guerre n’est jamais mieux racontée que quand elle est vécue à travers les yeux d’un prota­goniste qui n’en perçoit que les ré­percussions minuscules sur sa pro­pre existence, sans en comprendre le déroulement et les enjeux..