Roman

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Le temps du miracle

Auteur : Pekic Borislav

PRIX : 6.00 €

Traduit du serbo-croate par Mireille Robin

« Si tu voyais ce qui se passe ici, je suppose que tu saurais que ton Fils, ou l’olibrius qui se donne pour tel, traîne en terre de Canaan, nous créant des ennuis alors que nous en avons déjà plus qu’assez : il s’est mis en tête de nous sauver, à sa manière, sans nous avoir demandé notre avis. […] Je ne sais pas si tu as entendu parler d’un certain Méshézabéel, un muet de Jérusalem, à qui il a rendu l’usage de sa langue, ce qui lui a valu d’être mis à mort, ou d’un fou de Dothaïn, qui s’est suicidé dès qu’il s’est rendu compte comment allaient les choses en ce monde. Mais de tous, c’est mon maître qui a eu le plus à en souf­frir. Rien que pour se moquer des sadducéens et leur prouver que la résurrection des morts était possible, ce qu’ils nient, le Messie a obligé mon maître à mourir trois fois dans les tourments les plus atroces. »
Ainsi Hamriyya ben Elchan, serviteur de Lazare de Béthanie, apostrophe-t-il Dieu dans Le Temps du miracle, premier roman de Borislav Pekić, l’un des auteurs majeurs des Balkans, qui fait ici un “récit” inhabituel des œuvres du Christ thaumaturge.
Pour ce Yougoslave qui a quinze ans quand Tito prend la tête du pays, le pire des crimes est de vouloir faire le bien des hommes sans leur demander leur avis ; que penser, dès lors, de ces fameux miracles que relate le Nouveau Testament ? À Yabnéel, la lépreuse miraculée se voit rejetée aussi bien par la communauté des lépreux que par celle des bien-portants ; à Siloé, l’aveugle qui a retrouvé la vue se crève les yeux devant la laideur du monde ; à Béthanie, Lazare, torturé par ses résurrections et ses calvaires successifs, demande à son serviteur de l’incinérer, contre la règle, afin de mourir une bonne fois pour toutes…
Suit la transcription du journal de Judas, qui relate la marche vers Jérusalem, menée comme une véritable campagne électorale, la trahison nécessaire à la Cause, puis la Passion, avec ici un dénouement pour le moins inattendu : est-ce vraiment Jésus qui est mort sur la croix ?
Cynique, hérétique, farce, Le Temps du miracle est un roman plein d’une audace rabelaisienne, mais aussi une condamnation magistrale et sans appel du prosélytisme, qui voile à peine la critique du totalitarisme.